Qu'est-ce que la dysplasie de la hanche ?
La dysplasie de la hanche (dysplasie coxo-fémorale) est une malformation de l'articulation de la hanche dans laquelle la tête du fémur et la cavité acétabulaire (cotyle) du bassin ne s'emboîtent pas correctement. Dans une hanche normale, la tête fémorale sphérique s'adapte parfaitement dans l'acétabulum, formant une articulation stable de type « balle et cupule ». Dans une hanche dysplasique, cette congruence est déficiente : l'acétabulum est trop peu profond, la tête fémorale est déformée ou les deux, entraînant une laxité articulaire anormale.
Cette laxité provoque un mouvement excessif de la tête fémorale dans l'acétabulum, causant une usure prématurée du cartilage articulaire, une inflammation chronique et, à terme, de l'arthrose dégénérative douloureuse.
Causes
La dysplasie de la hanche est une affection multifactorielle :
Facteurs génétiques
La composante génétique est polygénique, c'est-à-dire que de multiples gènes contribuent au développement de la maladie. L'héritabilité est estimée entre 0,2 et 0,6 selon les études et les races, ce qui signifie qu'une proportion significative du risque est déterminée génétiquement. Des parents présentant des hanches saines peuvent néanmoins produire des descendants dysplasiques, car les gènes impliqués ne sont pas tous identifiés et leur interaction est complexe.
Facteurs environnementaux
Les facteurs environnementaux jouent un rôle modulateur important, particulièrement durant la phase de croissance :
- Croissance rapide et excès pondéral : une alimentation trop riche en calories et en calcium durant la croissance accélère le développement et aggrave la laxité articulaire
- Exercice excessif chez le jeune : les activités à impact élevé (sauts, montées d'escaliers répétitives) avant la fermeture des plaques de croissance peuvent aggraver une prédisposition
- Surface de sol : grandir sur des sols exclusivement lisses et glissants est un facteur de risque reconnu
- Suralimentation : les chiots de grande race nourris ad libitum ont un risque accru par rapport à ceux dont l'alimentation est contrôlée
Races prédisposées
Chez le chien
Les grandes et géantes races sont les plus fréquemment touchées :
- Berger Allemand
- Labrador Retriever
- Golden Retriever
- Rottweiler
- Bouvier Bernois
- Saint-Bernard
- Dogue Allemand
- Terre-Neuve
- Bulldog Anglais
- Bullmastiff
- Berger Australien
Certaines races de taille moyenne sont également concernées, notamment le Bouledogue Français et le Cocker Spaniel.
Chez le chat
Bien que moins médiatisée, la dysplasie de la hanche féline est une réalité, particulièrement chez :
- Maine Coon (prévalence estimée à 18-24 %)
- Persan
- Himalayan
- Devon Rex
- Siamois
Les chats sont souvent sous-diagnostiqués car ils dissimulent mieux leur douleur et compensent grâce à leur agilité naturelle et leur poids plus léger.
Signes cliniques
Chez le chiot et le jeune chien (4 à 12 mois)
- Boiterie intermittente des postérieurs, souvent après l'exercice
- Difficulté à se lever après le repos
- Démarche « chaloupée » ou en « bunny hopping » (les deux membres postérieurs se déplacent simultanément à la course)
- Réticence à monter les escaliers ou à sauter
- Douleur à la manipulation de la hanche
- Signe d'Ortolani positif à l'examen orthopédique
Chez le chien adulte (arthrose établie)
- Raideur matinale s'améliorant avec le mouvement
- Boiterie chronique, aggravée par le froid et l'humidité
- Atrophie musculaire des membres postérieurs
- Difficulté croissante à se lever, monter dans la voiture ou monter les escaliers
- Douleur à l'extension et à la rotation de la hanche
- Crépitement articulaire palpable
Chez le chat
- Réticence à sauter en hauteur
- Diminution de l'activité globale
- Agressivité lors de la manipulation de l'arrière-train
- Raideur après le repos
- Boiterie souvent subtile
Méthodes de dépistage
OFA (Orthopedic Foundation for Animals)
Le dépistage OFA est le protocole standard en Amérique du Nord :
- Âge minimum : 24 mois pour une évaluation définitive (des radiographies préliminaires peuvent être réalisées dès 4 mois)
- Technique : radiographie en position ventro-dorsale, membres postérieurs en extension complète, sous sédation ou anesthésie générale
- Interprétation : les radiographies sont évaluées par trois radiologues indépendants de l'OFA qui attribuent un grade
Grades OFA :
- Excellent : congruence articulaire parfaite, acétabulum profond
- Good (Bon) : articulation bien conformée, légères irrégularités mineures
- Fair (Acceptable) : articulation dans les limites de la normale, quelques irrégularités
- Borderline (Limite) : ne peut être classé normal ou dysplasique, réévaluation recommandée
- Mild (Léger) : laxité légère, acétabulum peu profond
- Moderate (Modéré) : subluxation marquée, remodelage de la tête fémorale
- Severe (Sévère) : luxation complète ou quasi complète, arthrose avancée
PennHIP (Pennsylvania Hip Improvement Program)
Le PennHIP est une méthode alternative de plus en plus utilisée :
- Âge minimum : 16 semaines (avantage majeur par rapport à l'OFA)
- Technique : trois radiographies standardisées (compression, distraction, extension) sous sédation
- Indice de distraction (ID) : mesure objective de la laxité articulaire, exprimée de 0 (aucune laxité) à 1 (luxation complète)
- Percentile de race : le résultat est comparé à la base de données de la race, permettant une sélection relative
L'avantage du PennHIP est sa capacité prédictive précoce : un ID supérieur à 0,30 est associé à un risque significatif de développer de l'arthrose.
Importance pour les éleveurs
Le dépistage de la dysplasie de la hanche est fondamental dans tout programme d'élevage responsable pour les races à risque :
- Faire radiographier tous les reproducteurs (OFA ou PennHIP)
- Ne reproduire que des chiens ayant un grade OFA Excellent, Good ou Fair, ou un ID PennHIP dans le meilleur quartile de la race
- Considérer les résultats des parents, frères et sœurs, et descendants (sélection sur phénotype familial)
- Fournir les résultats aux acquéreurs
- Recommander un protocole nutritionnel adapté pour les chiots de grande race
Traitement
Traitement conservateur
Indiqué pour les cas légers à modérés ou lorsque la chirurgie n'est pas envisageable :
- Gestion du poids : maintenir un poids corporel optimal est la mesure la plus efficace
- Exercice adapté : exercice régulier à faible impact (natation, marches modérées sur terrain souple) pour maintenir la masse musculaire sans surcharger les articulations
- Anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) : méloxicam, carprofène ou firocoxib pour contrôler la douleur et l'inflammation
- Suppléments articulaires : glucosamine, chondroïtine sulfate, acides gras oméga-3
- Physiothérapie et rééducation : hydrothérapie, laser thérapeutique, électrostimulation
- Acupuncture : peut apporter un soulagement complémentaire chez certains patients
Options chirurgicales
- Symphysiodèse pubienne juvénile (JPS) : intervention précoce (avant 20 semaines) qui modifie la croissance du bassin pour améliorer la couverture acétabulaire. Minimalement invasive, elle nécessite un diagnostic précoce.
- Triple ostéotomie pelvienne (TPO) / Double ostéotomie pelvienne (DPO) : réorientation de l'acétabulum pour améliorer la couverture de la tête fémorale. Indiquée chez les jeunes chiens (6 à 12 mois) sans arthrose établie.
- Résection de la tête et du col fémoral (RTCF) : excision de la tête fémorale, créant une fausse articulation fibreuse. Donne de bons résultats fonctionnels chez les petits chiens et les chats, résultats plus mitigés chez les grandes races.
- Prothèse totale de hanche (PTH) : remplacement complet de l'articulation par une prothèse artificielle. Considérée comme le traitement de référence pour les cas sévères chez les chiens de grande race. Taux de succès supérieur à 90 %, avec restauration quasi complète de la fonction articulaire. Coût élevé et nécessite un chirurgien spécialisé.
Conclusion
La dysplasie de la hanche est une affection fréquente et potentiellement invalidante, mais dont l'impact peut être considérablement réduit par un dépistage précoce, une sélection rigoureuse des reproducteurs et une prise en charge adaptée. Les éleveurs ont un rôle crucial dans la réduction de la prévalence de cette maladie grâce au dépistage systématique de leurs reproducteurs. Pour les propriétaires d'animaux atteints, les avancées chirurgicales, notamment la prothèse totale de hanche, offrent aujourd'hui d'excellentes perspectives de qualité de vie.
