Qu'est-ce que la dirofilariose ?
La dirofilariose, communément appelée « maladie du ver du cœur », est une parasitose grave causée par le nématode Dirofilaria immitis. Ce ver parasite s'installe dans les artères pulmonaires et, en cas d'infestation massive, dans le cœur droit de l'hôte, provoquant des lésions cardiovasculaires et pulmonaires potentiellement mortelles.
La dirofilariose est transmise exclusivement par la piqûre de moustiques infectés. Elle touche principalement les chiens, mais peut également affecter les chats, les furets et, de manière exceptionnelle, l'humain.
Cycle biologique du parasite
La compréhension du cycle de vie de Dirofilaria immitis est essentielle pour appréhender les stratégies de prévention et de traitement.
Les étapes du cycle
- Moustique vecteur : un moustique femelle (genres Aedes, Culex ou Anopheles) pique un animal infecté et ingère des microfilaires (larves L1) circulant dans le sang.
- Maturation dans le moustique : les microfilaires se développent dans le moustique pendant 10 à 14 jours, passant par les stades L2 puis L3 (stade infectieux). Cette maturation nécessite une température extérieure minimale de 14°C de façon soutenue.
- Transmission à l'hôte : lors d'une nouvelle piqûre, le moustique dépose les larves L3 sur la peau de l'animal, qui pénètrent par la plaie de piqûre.
- Migration tissulaire : les larves L3 migrent dans les tissus sous-cutanés et musculaires, se développant en L4 puis en jeunes adultes immatures (stade L5) sur une période de 50 à 70 jours.
- Installation cardiaque : les vers immatures gagnent les artères pulmonaires via le système veineux, environ 70 à 90 jours après l'infection.
- Maturation et reproduction : les vers atteignent leur taille adulte (les femelles mesurent jusqu'à 30 cm) et leur maturité sexuelle environ 6 à 7 mois après l'infection. Les femelles adultes produisent des microfilaires qui circulent dans le sang, bouclant le cycle.
Durée de vie des vers
- Chez le chien : les vers adultes peuvent vivre 5 à 7 ans
- Chez le chat : 2 à 3 ans en moyenne
- Les microfilaires circulantes vivent 1 à 2 ans dans le sang
La dirofilariose chez le chien
Le chien est l'hôte naturel et définitif de Dirofilaria immitis. Le parasite peut s'y développer pleinement, atteindre sa taille adulte et se reproduire. Un chien fortement infesté peut héberger des centaines de vers adultes.
Symptômes
La maladie évolue en quatre classes de sévérité :
- Classe 1 (asymptomatique ou léger) : aucun signe clinique ou toux occasionnelle légère. Détectable uniquement par test sanguin.
- Classe 2 (modéré) : toux persistante, intolérance à l'exercice modérée, léger amaigrissement.
- Classe 3 (sévère) : toux marquée, détresse respiratoire, cachexie, syncopes, hépatomégalie, ascite (accumulation de liquide abdominal), insuffisance cardiaque droite.
- Classe 4 (syndrome de la veine cave) : urgence fatale. Masse de vers obstruant la veine cave et la valve tricuspide, provoquant un collapsus cardiovasculaire, une hémoglobinurie et la mort en l'absence d'extraction chirurgicale d'urgence.
La dirofilariose chez le chat
Le chat est un hôte atypique (aberrant) de Dirofilaria immitis. La plupart des larves ne survivent pas jusqu'au stade adulte, et l'infestation est généralement limitée à un petit nombre de vers (1 à 3 en moyenne).
Particularités félines
- La maladie pulmonaire féline associée au ver du cœur (HARD — Heartworm-Associated Respiratory Disease) peut être provoquée par la simple présence de larves immatures mourantes dans les poumons, même sans ver adulte.
- Les symptômes chez le chat sont souvent confondus avec l'asthme félin : toux, dyspnée, respiration sifflante.
- La mort subite peut être le premier et seul signe clinique, causée par une réaction anaphylactique lors de la mort d'un seul ver adulte.
- Le diagnostic est plus difficile chez le chat car les tests sont moins sensibles.
Diagnostic
Chez le chien
- Test antigénique (SNAP/ELISA) : détecte les antigènes produits par les vers femelles adultes. Très fiable mais ne devient positif que 6 à 7 mois après l'infection. C'est le test de dépistage de référence.
- Test de microfilaires : recherche des microfilaires circulantes dans un frottis sanguin ou par technique de Knott modifiée. Complémentaire au test antigénique.
- Radiographie thoracique : révèle les modifications caractéristiques des artères pulmonaires (dilatation, tortuosité) et l'hypertrophie du ventricule droit.
- Échocardiographie : permet de visualiser directement les vers dans les artères pulmonaires et les cavités droites du cœur.
Chez le chat
- Test antigénique : moins sensible car l'infestation comporte souvent peu de vers, et parfois uniquement des mâles (le test détecte les antigènes femelles).
- Test anticorps : détecte l'exposition au parasite mais ne distingue pas une infection passée d'une infection active.
- Radiographie thoracique et échocardiographie : examens complémentaires essentiels.
Prévalence au Canada
La dirofilariose est endémique dans certaines régions du Canada, particulièrement :
- Sud de l'Ontario : zone de prévalence la plus élevée au Canada, notamment la péninsule du Niagara, la vallée de l'Outaouais et la région de Windsor-Essex
- Sud du Québec : la vallée du Saint-Laurent, la Montérégie et l'Estrie sont des zones à risque croissant
- Sud du Manitoba : la vallée de la rivière Rouge et la région de Winnipeg
- Sud de la Colombie-Britannique : cas sporadiques rapportés dans la vallée du Fraser et sur l'île de Vancouver
L'aire de distribution du ver du cœur au Canada tend à s'étendre vers le nord en raison du réchauffement climatique, qui prolonge la saison d'activité des moustiques et permet la maturation des larves dans de nouvelles régions. Le déplacement d'animaux infectés (chiens de sauvetage importés du sud des États-Unis ou de l'étranger) contribue également à l'introduction du parasite dans de nouvelles zones.
Prévention
La prévention de la dirofilariose repose sur l'administration régulière de médicaments préventifs (macrolactones) qui éliminent les larves avant qu'elles n'atteignent le stade adulte. Ces produits agissent de façon rétrospective : ils tuent les larves acquises au cours du mois précédent.
Produits préventifs disponibles
- Ivermectine (Heartgard, Heartgard Plus) : comprimé oral mensuel
- Milbémycine oxime (Interceptor, Sentinel) : comprimé oral mensuel
- Sélamectine (Revolution) : topique mensuel (chien et chat)
- Moxidectine (Advantage Multi, ProHeart) : topique mensuel ou injection semestrielle/annuelle (ProHeart 6 ou 12)
Protocole recommandé au Canada
La Société canadienne de parasitologie recommande :
- Début de la prévention : 1er juin (ou dès que la température nocturne dépasse régulièrement 14°C)
- Fin de la prévention : 1er novembre (ou un mois après le premier gel soutenu)
- Certains vétérinaires recommandent une prévention toute l'année pour une protection optimale, particulièrement pour les animaux voyageant dans des zones endémiques
- Test antigénique annuel au printemps, même sous prévention, pour détecter toute défaillance du protocole
Avant de débuter la prévention
Chez le chien de plus de 7 mois, un test antigénique négatif est indispensable avant de commencer la prévention. L'administration d'un préventif à un chien hébergeant des microfilaires peut provoquer une réaction anaphylactique potentiellement fatale.
Traitement
Chez le chien
Le traitement adulticide vise à éliminer les vers adultes et constitue un processus long et délicat :
- Stabilisation : traitement de l'insuffisance cardiaque et de l'inflammation pulmonaire si nécessaire
- Restriction d'exercice stricte : essentielle pendant toute la durée du traitement pour réduire le risque de thromboembolie pulmonaire lors de la mort des vers
- Mélarsomine (Immiticide) : injection intramusculaire profonde (muscles lombaires), administrée selon un protocole en trois injections espacées sur deux mois
- Doxycycline : antibiotique ciblant Wolbachia, une bactérie endosymbiotique des vers du cœur, débuté avant les injections de mélarsomine
- Prednisone : pour contrôler la réaction inflammatoire liée à la mort des vers
- Macrolactone : débuté en parallèle pour éliminer les microfilaires et prévenir de nouvelles infections
Chez le chat
Il n'existe aucun traitement adulticide approuvé et sûr pour le chat. La mélarsomine est contre-indiquée en raison du risque mortel de thromboembolie lors de la mort des vers. La prise en charge est donc symptomatique :
- Corticostéroïdes pour contrôler l'inflammation pulmonaire
- Bronchodilatateurs si nécessaire
- Oxygénothérapie en cas de détresse respiratoire
- Surveillance et attente de la mort naturelle des vers (2 à 3 ans)
- Dans de rares cas, extraction chirurgicale si les vers sont visibles à l'échocardiographie
Cette absence de traitement chez le chat rend la prévention d'autant plus cruciale.
Conclusion
La dirofilariose est une maladie grave mais presque entièrement évitable grâce aux traitements préventifs mensuels. Au Canada, la saison à risque s'étend d'environ juin à novembre, mais pourrait s'allonger avec le réchauffement climatique. Le dépistage annuel et la prévention rigoureuse sont les clés pour protéger nos compagnons contre ce parasite potentiellement mortel. Chez le chat, l'absence de traitement curatif rend la prévention absolument indispensable.
